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  • L’aquarelle et le frein à main

     

    Cote sauvage aquarelleCôte sauvage - Aquarelle sur papier - avril 2011

    « La semaine prochaine, on commence l’aquarelle ! ». Je sors de cette session d’avril à l’atelier avec la « banane ». J’attendais depuis longtemps le moment de tenter l’aquarelle. Elle est pour moi le symbole de la délicatesse, de la finesse avec toutefois quelque chose d’énigmatique. Je ne sais pas précisément comment cela fonctionne mais je me dis que c’est juste une haie de plus dans mon parcours d’obstacles.

    Je garde mes premières sensations pour la prochaine séance. C’est comme un premier rendez-vous amoureux. J’imagine le meilleur. Cela s’est si bien passé avec le fusain, puis l’encre de chine et la gouache. À chaque nouvelle technique, l’application, le travail et la persévérance m’ont permis d’obtenir des résultats que je trouvais convaincants. J’étais toujours surpris de parvenir à réaliser des croquis, dessins et peintures d’une qualité dont je me pensais incapable. Était-ce bien moi au bout du crayon ou du pinceau ?

    Surfant sur la réussite ressentie depuis six mois, j’aborde l’aquarelle avec confiance. Selon le rituel, Delphine me suggère de choisir une photo de paysage dans le classeur correspondant. Comme pour ma première copie (« Portrait d’Armand Roulin », de Van Gogh), je sélectionne une image dont la reproduction semble à ma portée : un dessin relativement simple et des couleurs que je comprends. Mais il faut aussi que cela me parle. Et c’est le cas de ce bord de mer vu en perspective : une eau bleue avec un horizon qui la fait fondre en un ciel turquoise. La côte est rocheuse et les flots bouillonnent d’écume. Au premier plan, des herbes hautes et multicolores donnent une sensation d’air et de vent. Ça me plaît !

    Comme toujours, la démonstration de Delphine est sommaire mais suffisante pour démarrer et faire les premiers pas. Quand je vois l’effet de l’eau et du pigment je trouve cela magique. Je suis impressionné par la fulgurance de la rencontre entre les deux éléments et de l’irisation colorée qui en découle. Delphine est une experte en la matière. Le jeu de l’eau et de la couleur est son quotidien. Elle sait manier les proportions de l’une et de l’autre pour délivrer une copie vivante et charmante de son modèle, pris sur le vif.

    L’impatience me gagne. Je fais quelques exercices pour m’approprier les outils, nouveaux pour moi, et passe ensuite à la réalisation de l’aquarelle à partir de la photo choisie. Je trace un dessin léger pour délimiter les zones de couleur et commence par colorer les parties sombres, qui me semblent représenter le moins de risque de « plantage ». C’est presque un réflexe : il en est pour la peinture comme pour les tableaux de chiffres que je devais délivrer à la Direction de mon entreprise. Limiter les risques d’erreur était crucial pour ne pas avoir à tout recommencer avec deux fois moins de temps disponible. J’essaye toujours d’anticiper les difficultés à venir pour gagner du temps ou, du moins, ne pas en perdre bêtement.

    Dans ma vie en entreprise, j’étais dans le contrôle permanent : celui des données, du temps disponible, des mots utilisés et du langage physique. Comme je l’évoquais plus tôt, l’impact des décisions que pouvaient engendrer l’analyse des informations que je produisais était parfois lourd à porter. Le recoupement était systématique, et je devais être capable de répondre immédiatement à propos de l’origine et de la validité d’une donnée qui paraissait suspecte au lecteur. Il était très important pour moi de garder une bonne réputation et que l’on se dise : « Denis ? Il est fiable et respecte les délais ».

    Aujourd’hui, à l’atelier, rien qui me presse, pas de données à contrôler. Et pourtant, je suis hanté par le soucis de ne pas faire d’erreur. Faire une nature morte est plus facile qu’un paysage ou un portrait. Jusqu’ici, je les avais peintes ou dessinées en cadrage serré, faisant la plupart du temps abstraction du contexte. Lorsqu’il était présent, c’était sous la forme d’un morceau de tissus sur lequel Delphine avait posé le modèle. J’avais apprivoisé la façon de reproduire les plis avec la technique du fusain. Ce n’était pas les drapés fabuleux présents dans les œuvres des maîtres du XVIIIème mais le spectateur qui regardait mon dessin comprenait de quoi il s’agissait.

    Avec cette photo de bord de mer, il y a quelque chose de plus que des traits et des couleurs à respecter. Je sens une ambiance, et c’est d’ailleurs pour cela que j’ai choisi cette photo. Elle me parle.

    Finalement, les choses se passent plutôt bien. Les couleurs sont réalistes et j’ai pris soin de ne pas recouvrir de couleur la zone d’écume. L’un des secrets de cette technique est de garder ce que l’on appelle des « réserves », c’est-à-dire des espaces vierges de couleurs qui permettent de rendre l’aquarelle lumineuse et de la laisser respirer. En la regardant, j’arrive à sentir le ressac et l’écume qui glisse le long des rochers pour retourner à l’état liquide. Cette première aquarelle est à mes yeux réussie et je me sens comme sorti d’un guet-apens. J’ai la sensation du joueur de tennis qui serre le poing après avoir pris un risque pour voleyer un coup gagnant.

    Je vais rester longtemps sur l’aquarelle. Si les premiers pas ont été relativement fluides, j’ai très vite été confronté à un problème majeur pour l’apprenti artiste : vouloir reproduire.

    Le plus grand danger pour le débutant est de penser qu’il a la recette. Sans m’en rendre compte, je m’accroche à cette idée pour avancer, pour passer à l’étape suivante. C’est, ici encore, un héritage de ma « vie d’avant » : pour être efficace, je devais décortiquer pour comprendre, automatiser les processus répétitifs et visualiser le plus tôt possible le résultat auquel je souhaitais parvenir. Je tentais de tracer une ligne droite entre là où j’étais et là où je voulais aller, m’en écarter le moins possible pour limiter les précieuses ressources dont je disposais, parmi lesquelles le temps et l’argent se taillaient la part du lion : plus je serais rapide, plus j’apprendrais et mieux j’aurais rentabilisé mon investissement.

    Investissement, rentabilité… Ces mots résonnent bizarrement dans un contexte artistique. Pourtant, ils restent pour moi des repères quinze mois après avoir quitté l’entreprise. Je pense encore ma vie en ces termes ! À l’heure où je commence l’aquarelle, le doute quant à mon avenir met une chappe de plomb sur ma vie. Je suis une voiture qui roule dans le brouillard et dont le frein à main n’est pas complètement desserré. Absorbé par le contexte, vérifiant sans cesse que je suis bien sur la route, attentif à éviter les nids de poule et les ornières, j’en oublie de regarder le tableau de bord et le point d’exclamation entouré d’un cercle rouge.

  • Bonne année ? À quoi bon...?

    • Par
    • Le 22/01/2017

    Sevillane

    Sévillane - Acrylique sur papier spécial - 30x21 - 2017

    Les fruits ont leur saison, les artistes aussi. En hiver, la nature est moins productive. Pourtant elle continue à travailler. Les plantes se recentrent. La sève abandonne les parties les plus fragiles et les plus exposées pour préserver ce qui assurera bientôt leur vitalité. Si le jour dure moins longtemps, la lumière est parfois plus vive, les feuilles n'étant plus là pour arrêter son parcours. Les troncs et les branches des caducs sont nus, laissant apparaître leur fragilité, leur élancement, leur unicité, leur solutide.

    Je me sens arbre. Quand j'écris et partage, j'enracine mes sensations, j'ajoute mon expérience de chaque instant aux expériences passées. Chaque année apporte au tronc de ma vie une strie supplémentaire, faite d'instants marquants car vécus en conscience. Les stries ne se voient pas. Pourtant elles existent. Chacun de nous a les siennes. L'artiste les sent. Leur marque est significative de la façon dont il a vécu avec et par son environnement. Comme l'arbre, l'artiste prend ce qui vient, sans espoir et sans regrets.

    L'arbre ne pense pas sa vie. Il n'a ni projets ni envies. Il a juste des besoins pour se développer. Son environnement le marque. Il y est sensible. C'est ce qui fait de lui une œuvre, une œuvre de la nature. Je n'ai pas envie d'être un arbre ; je SUIS un arbre sur le terrain de la société, du monde, de l'univers. Je me transforme au rythme des saisons. De l'une à l'autre je parais différent mais je suis reconnaissable. Qu'on le veuille ou non, selon les années, je donnerai des fruits... ou pas, j'en produirai des gros ou des petits, des fruités ou des acides. Mais, si  je reste sauvage, qui peut prédire avec certitude si mon avenir sera fructueux... ou pas ?

    D'une saison à l'autre, d'une année à l'autre, l'artiste produit des œuvres, toiles, sculptures, livres, morceaux de musique ou autres. Le public qui aime un artiste est parfois surpris, déçu ou émerveillé par les œuvres qu'il produit. Mais ce qui déçoit l'un émerveille peut-être un autre. C'est une question de point de vue. Alors à quoi bon espérer que l'année sera bonne ? Elle sera, et on ne saura qu'après si elle a été bonne, de la même façon qu'il aura fallu goûter un fruit pour en connaître la saveur.

    Alors prenons l'année comme elle vient, avec ce qu'elle nous donne et utilisons-la pour grandir, nous construire, nous développer et faire quelque chose que l'arbre aurait bien du mal à faire : partager !

     

  • Anges et démons font la bombe

    • Par
    • Le 13/01/2017

     

    Below 1

    Below - Acrylique sur papier spécial - 21x30 - 2017

    Créer est pour moi l'issue d'un intense combat. Cette prise de conscience me permet de comprendre pourquoi j'étais jusqu'ici peu à l'aise avec la notion de plaisir lorsque je peins.

    Dans l'imaginaire du public, la pratique des arts plastiques est souvent un loisir, donc quelque chose que l'on pratique avec plaisir puisqu'un loisir est choisi. C'est parfois l'exercice d'un talent, en général reconnu par le spectateur par la beauté qu'il voit dans l'œuvre ou l'émotion qu'elle provoque en lui. Le talent s'exerce avec fluidité, sans effort démesuré, puisqu'il représente par définition un don remarquable ou une aptitude particulière.

    Dans mon processus de création, je ne ressens ni plaisir ni souffrance et ce n'est jamais un problème. Mes créations sont une libération d'énergie, telle une bombe qui explose à un moment impossible à prévoir. Il peut se passer plusieurs mois sans que je touche un pinceau ou un couteau. Dans ce contexte, tous les jours, toutes les heures, à chaque minute parfois, je sens une voix qui me dit : "ça commence à faire longtemps que tu n'as pas peint". Aussitôt une autre voix intérieure répond : "si tu ne peins pas, c'est que ce n'est pas le moment, tu le sais bien. Quand ce sera le moment, tu le sauras, tu le sentiras. Alors patiente !".

    Ainsi, je suis le soldat en alerte, qui guette ses sensations qui le préviennent que la bombe va bientôt exploser. Je me sens aussi comme un médiateur, celui qui permet à l'ange et au démon de trouver un terrain d'entente pour faire sortir le soldat-créateur de son inaction, pour l'envoyer au combat libérateur.

    C'est alors que d'autres créatures prennent le relai et le soldat, armé de son couteau à peindre, doit arbitrer les choix gestuels et colorés : "pas trop de couleur", dit l'une ; "suis ton instinct", dit l'autre ; "fais un geste ample", dit une troisième; "coupe les liens avec le cerveau", sussure une quatrième...

    Laquelle est ange ? Laquelle est démon ? Je finis par m'y perdre. Finalement le talent du médiateur-soldat est de les faire coexister. Le bien, le mal, les anges, les démons, l'imagerie populaire est riche dans ce domaine. Si l'homme social choisit son camp, selon les repères culturels dont il dispose, l'artiste créateur, lui, ne peut prendre parti. Car le démon du moment sera peut-être l'ange d'un autre et vice-versa. Ils sont tous les deux très importants car, sans eux, pas de tension, pas d'énergie, pas d'explosion, pas de libération.

    "Below" n'a pas échappé à ce processus créatif. L'énergie s'était accumulée pendant 3 mois avant sa libération.

  • Like ou pas Like : quelle importance ?

    TameraiTamerai - Acrylique sur toile - 100x100 - 2016

    Qu'il soit présent sur Facebook, Linkedin, Artquid, Instagram, Twitter ou un blog, le jeune artiste qui publie un article ou poste une image espère une réaction sous la forme de commentaire, de "like", de pouce levé, de "coup de cœur", de partage ou de nouvel abonnement. Il fut un temps où j'attendais le commentaire comme un amoureux attendait autrefois fébrilement le facteur.

    Après mes premières publications sur Artblog (plateforme aujourd'hui disparue), je me souviens de mes déceptions de ne voir aucune réaction à mes articles alors que d'autres multipliaient les likes et commentaires avec une simple photo de chatons. Et puis je me suis rendu compte que 95% des commentaires étaient davantage une manifestation d'affection ou d'appartenance à un groupe et ne servaient qu'à dire "je suis là !", quelque soit la nature ou le contenu de la publication. Si j'avais peu de commentaires, au moins ne se limitaient-ils pas à un seul mot (super, bravo, bisou...) et me faisaient-ils découvrir un regard sur mon article. J'ai compris que n'avoir aucun commentaire ou "j'aime" ne signifie pas que le travail n'est pas bon.

    Aujourd'hui, je ne suis plus, comme au début, affecté par l'absence de réaction à mes publications. Bien sûr, un commentaire ou un like restent des boosters mais ils sont surtout des indicateurs de pertinence qui m'amènent à chercher ce qui a suscité ou non l'intérêt.

    C'est aussi une question de maturité. L'Art, c'est la vie, celle qu'on vit tous les jours. Quand on est "petit", enfant ou élève, on a besoin d'encouragements, de soutien. C'est un élément important du développement et de l'apprentissage de la confiance. Au fil des années, celle-ci vient (ou pas), on donne un sens à sa vie (ou pas), on devient autonome (ou pas), on (ré)agit au lieu de rester passif... Chacun devient mature à son rythme. Certains le sont à 15 ans, d'autres à 70 ans ou jamais...

    Je ressens la même chose avec l'Art. Bébé artiste a besoin d'être stimulé, encouragé ; l'artiste mature, lui, sait qui il est et le sens de son action. Puis, avec l'apprentissage et l'acceptation de la solitude, il n'a plus (en tous cas il a moins) besoin de "likes" et de commentaires pour avoir une preuve de son existence. Après avoir compris son rapport à lui-même, il peut davantage se consacrer au rapport à l'autre.

     

  • Le visiteur du soir

    Waleffe 2016     Waleffe le stand 2017

    18-19 juin 2016 - Deuxième exposition au Châteu de Waleffe

    18h30 : fin de journée pour l'exposition à laquelle je participe au (superbe) Château de Waleffe, en Belgique. Je me suis absenté de l'emplacement de mes toiles pour emmener quelque chose à la voiture. C'est l'heure à laquelle plus rien n'arrive... ERREUR !

    Comme en 2015, j’ai été sollicité pour exposer dans le cadre de "Waleffe en fête", les 18 et 19 juin.

    L’année dernière, c’était la première fois que je tenais un stand pour présenter mes œuvres. Le premier jour, j’avais mis en avant mes aquarelles, pensant qu’elles correspondraient plus au public, mes gestes colorés étant mis en arrière-plan. Le second jour, l’ordre était inversé car j’avais constaté que les visiteurs s’intéressaient plus aux gestes colorés qu’aux aquarelles. Le regard du public m'avait fait prendre conscience que ce qui touche n'est pas forcément ce qui est beau mais ce qui émane sincèrement de l'artiste.

    Cette année, j’ai exposé des créations abstraites de formats moyens (50x70) et petits (20x20). Il est donc 18h30 et j'apprends qu'un visiteur demande à me voir. Un homme d'une trentaine d'années souhaite en savoir plus sur ma technique, ma démarche et les prix de mes toiles.

    Au cours de la discussion, il me demande si je peins depuis longtemps mes gestes colorés. Je lui réponds que c'est relativement récent, les premiers datant de fin 2013. Et là, à ma grande surprise, il me dit que ça se voit. En 1/4 de seconde je me dis que c'est génial parce qu'il va me dire pourquoi et comment il perçoit la jeunesse de ma pratique, et que je vais comprendre comment progresser. Mais tout cela est beaucoup plus subtil...

    Je m'attends à ce qu'il parle "technique" mais il évoque l'enthousiasme, l'énergie et la fougue qu'il observe souvent chez le jeune artiste et, en l'occurence, dans mes toiles. Avec la maturité, l'enthousiasme est parfois moins perceptible avec la présence d'une plus grande intensité et plus de profondeur, significatifs du recul pris par l'artiste.

    A l'écouter, je repartirai de cette expo à Waleffe avec une nouvelle leçon artistique. Un enfant "vivant" est spontané, vif, parfois exubérant. Avec l'expérience, la société lui enseigne la mesure, la retenue, le calcul. L'artiste a, lui aussi, ses âges. Le jeune créateur croit que le monde n'attend que lui et met avec enthousiasme toute son énergie à tenter de le convaincre. Lorqu'il comprend à quel point sa situation est complexe et précaire, l'artiste en maturité observe davantage. Il prend du recul et son œuvre s'en trouve forcément impactée. Il en est qui savent lire cela dans le travail d'un artiste, comme on sait reconnaître une attitude enfantine, adolescente ou adulte.

    Comme dans la vie tout court, chaque âge est incontournable pour l'artiste. Une œuvre n'est pas plus ou moins belle qu'une autre ; elle est significative du stade où il se trouve. L'Art, c'est la vie !

  • Tenue de stand, première !

    Waleffe le stand br

    Le stand sous chapiteau au Château de Waleffe

    Au Château de Waleffe, superbe demeure située en Belgique, près de Liège, était organisée les 20 et 21 juin une foire artisanale à laquelle j’étais invité à exposer.

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