La finalité de l'œuvre, c'est... ?

Watashiva 1

Watashiva 1 - Acrylique sur toile - 100x73 (40F) - 2016

A quoi sert une œuvre d'art ? Si la question est régulièrement posée vis à vis de l'Art, celle se rapportant à l'œuvre proprement dite s'est posée hier à l'issue d'une conversation.

Nous parlions de ma façon de peindre, de ma démarche artistique, de l'Abstraction Lyrique et de ses principes lorsque mon interlocutrice m'a posé la question de la mort qui tue : "tu éprouves du plaisir en peignant ?". Ma réponse à cette question vient maintenant sans embage ni circonvolutions : "Non ! Je n'éprouve pas de plaisir en peignant...". Ma partenaire de discussion en semblait désolée, précisant que c'était "dommage".

Quelques heures plus tard, seul, je repensais à cet échange. Comment, depuis 4 ans, puis-je poursuivre une activité pour laquelle je ne ressens pas de plaisir ? La première raison est que si je n'en éprouve pas, je n'ai pas pour autant de "dé-"plaisir. C'est plutôt une nécessité, une épreuve, incontournable pour poursuivre mon existence. D'une séance de création, même courte, je peux sortir vidé, le cœur battant. Au final il reste l'œuvre. Elle existe parce que je me suis dit "ça va comme ça".

Ce soir-là, j'avais fait défiler des gestes colorés photographiés sur mon smartphone. J'entendais les réactions des spectateurs. Les commentaires étaient positifs, c'était agréable à entendre. Mais le plaisir n'était pas encore là. J'assimilerais plutôt ce que j'ai ressenti à de la fierté quand l'humilité en prend un coup ;-). Le plaisir c'est ce qui a suivi : parler, échanger, partager, des émotions, des expériences, des sensations ;  créer de la complicité et stimuler la curiosité qui vont permettre d'en (sa)voir plus sur l'œuvre et sur soi-même à travers le propos de "l'autre" : celui qui est en face de soi et celui qui est en soi. Quand l'œuvre déclenche ça, elle a rempli sa mission.

Personnellement, je sors de ces instants ravi, avec l'impression que le hasard, qui fait si bien les choses, est LA raison pour laquelle je suis toujours au bon endroit au bon moment, ici et maintenant. Il suffit de lui donner la possibilité d'exister. Et c'est là que se trouve le plaisir, prolongé, durable, celui dont on se souvient.

 

Geste coloré Artiste et travail Abstraction Lyrique denis fournier

Commentaires

  • Denis
    • 1. Denis Le 09/02/2016
    Merci, Bruno, pour ta question.
    Je me rends compte que la présence du plaisir est conditionnée par le relâchement, l'absence de tension. Pendant le plaisir, je survole le monde et ma seule préoccupation est l'objet de mon plaisir, ce qui le provoque. Le plus souvent, le partage en est une composante.
    Quand il s'agit d'effort, mon plaisir vient après. Pendant, la concentration occupe tout l'espace. C'est la condition de la sécurité. Je ne peux ressentir de plaisir qu'avec la sensation d'absence de risque présent et à venir.
    Ta question m'aura aidé à cerner, encore un peu plus, la façon dont j'appréhende cette notion.
  • Bruno
    • 2. Bruno Le 09/02/2016
    Denis,

    Si tu ne prends pas de plaisir en peignant, en prends-tu en montagne ou a velo? Ou est-ce seulement apres ta course ou la montee (ou la descente - c'est mon cas :-) ) d'un col?

    Amicalement,

    Bruno

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