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L'ancien blog comportant les articles d'octobre 2011 à juin 2014 n'est malheureusement plus accessible.
Je vais le reconstituer peu à peu sur le présent site.
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Ça, on ne l'apprend pas à l'école
- Par
- Le 23/10/2016
- Dans Articles 2016

Tissayoxa 12 - Acrylique sur carton toilé - 20x20 - 2016
Tout comme le jeune agriculteur sorti de formation, le jeune artiste se trouve confronté à la vie réelle.
Le premier sera soumis au rythme de la nature et le second au aléas de sa créativité. Mais l'un et l'autre sont soumis au rythme de LA création "tout court".
Le jeune agriculteur sait que de la façon dont il prendra soin de la terre dépendra la qualité de sa récolte. S’il plante trop tôt ou trop tard, s’il ne traite pas avec les produits appropriés ou s’il récolte au mauvais moment, il n’aura pas de beaux fruits. Ce n’est pas lui qui crée les fruits. C’est la terre qu’il aura cultivée, nourrie, laissée reposer. Il sait ce qu’il plante, mais n’a aucune certitude sur le produit de la récolte. Et les obstacles potentiels sont nombreux : le gel précoce ou tardif, la sécheresse, le grêle, les inondations…
Heureusement, l’école l’a préparé à tout cela. Il dispose de recettes, d’outils et de produits que la science et, surtout, des siècles d’expériences de ses ancêtres ont élaborés pour limiter, tant que possible, l’impact des catastrophes et maximiser le rendement. C’est ensuite par sa connaissance des cycles naturels de l’exploitation et le choix des produits que l’agriculteur donnera (ou pas) à sa production un caractère unique, reconnaissable.
Pour l’artiste, pas d’école pour lui apprendre les saisons et les cycles de la création. Comme ses prédécesseurs, il devra tout découvrir par lui-même. Il faut dire que la terre qu’il doit cultiver n’est pas visible : elle est intérieure, ne se voit pas et ne se décrit pas. Le fruit, c’est l’œuvre, et ce n’est pas l’artiste mais la terre artistique qui le produit.
Dans mon article « A quoi fonctionne mon moteur », publié en mai 2015, j’évoquais un reportage qui m’avait marqué, dans lequel j’avais vu le duo Souchon/Voulzy se balader en forêt et préciser que ça leur était indispensable pour renouveler leur énergie créatrice. Et j’ajoutais : « leur travail, c’est ça !». Je l’avais perçu mais pas intégré. Aujourd’hui, je l’ai compris. Il aura fallu 18 mois pour que la graine plantée en voyant le reportage produise le fruit de ma prise de conscience : l’œuvre ne sera puissante que si j’ai pris soin de la terre qui la fera naître.
Ce n’est pas en peignant des toiles que j’ai engendré cette compréhension ; c’est en me questionnant, en retournant dans ma tête mes certitudes et mes doutes tel le jardinier qui bêche. Si je le fais, au moment où ma terre artistique en a besoin, les fruits viendront d’eux-mêmes. Et ça, on ne l’apprend pas à l’école…
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Anecdotes arthistoriques
- Par
- Le 19/10/2016
- Dans Articles 2016
Celeste 2 - Acrylique sur toile - 40x40 - 2014
Un ami m'a récemment fait connaître un site qui mérite le détour.
En s'abonnant à Artips, le visiteur recevra 3 fois par semaine dans sa boîte aux lettres un mail relatant une anecdote sur l'art et son histoire (la petite comme la grande). La peinture a la part belle mais les autres disciplines ne sont pas en reste.
Chaque message permet au lecteur de découvrir ainsi l'origine d'un style de mobilier, un personnage étonnants, des détails invisibles sur une toile pour le non initié, le décryptage d'une époque à travers une œuvre...
Ça demande 1 minute à lire, c'est parfois drôle et toujours intéressant et bien documenté avec la caution d'un professeur d'histoire de l'art.
A consommer sans modération !

lundi 09 juin 2014 11:19
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Chasseur de toiles
- Par
- Le 10/10/2016
- Dans Articles 2016
Retour de flamme - Acrylique sur carton toilé - 70x50 - 2016
J'ai appris à patienter. Il y a quelques mois, je scannais en permanence mon envie de peindre, guettant parfois fébrilement l'étincelle qui allait me faire bondir dans mon atelier, saisir mes pinceaux, mes pots et mes couteaux et être, enfin, dans l'action.
Après des mois de scan, mon radar m'avait le plus souvent renvoyé l'image d'un écran vide. Soit ! J'ai aussi accepté que l'action se fasse dans la tête. Ce fut d'ailleurs l'objet d'une discussion avec un ami qui trouve que l'action se fait plutôt les pinceaux à la main et la couleur posée sur la toile. Vaste débat...
Ceux qui me suivent se sont rendu compte que j'explorais ces derniers temps des gestes différents, au grand dam de certains qui regrettaient que je sois sorti du "geste coloré". Qu'ils soient rassurés : "Retour de flamme" revient aux sources : je m'apprêtais à sortir faire une course, manteau et sac sur le dos et j'ai sentis que "c'était maintenant" ! Adieu les courses, bonjour atelier, pinceaux et couleurs.
Cette toile est le fruit de semaines de patience. J'ai la sensation de l'avoir débusquée, d'avoir saisi le moment où elle sortait pour la cristalliser. N'est-ce pas ce que fait le photographe animalier quand il prend un cliché de son sujet après l'avoir traqué des semaines durant ? Il a trouvé les bons endroits et les bons moments pour obtenir ce qu'il voulait. Parfois, c'est encore mieux car il obtient une scène inattendue. On parle de "chasseurs d'images". Et si j'étais un "chasseur de toiles"...?
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Le sens, l'envie et l'action
- Par
- Le 02/10/2016
- Dans Articles 2016
Snowpiercer - Acrylique sur papier - 24x32 - 2016
L'une de mes professeures a fait du dessin un mode de vie. Son entourage est prévenu : lors d'une balade en famille, elle s'arrête parfois sans prévenir pour croquer une ambiance ou mettre sur le papier une sensation. Elle dessine comme on chante, dans les embouteillages, sur son canapé, au bord d'un chemin. Le sujet est toujours immédiatement accessible : des rochers et des mouettes, un enfant qui dort, une rue passante, des poteaux et fils électriques qui s'entrecroisent... Tout est bon et tout est si bien rendu ! Transposé à moi, je voyais dans ce type d'exercice un moyen d'améliorer ma technique et me disais que je devais absolument pratiquer quotidiennement.
J'ai commencé à le faire avec, cependant, un problème : quel sujet prendre ? La recherche du sujet prenait le pas sur l'action car, le plus souvent, je n'en trouvais pas de suffisamment motivant pour dessiner ou peindre avec joie. L'exercice devenait laborieux et je n'ai pu tenir le rythme longtemps. Etait-ce donc ça le "travail" (car il faut bien travailler) quand on est artiste ou qu'on tente de le devenir ?
Que font-ils ceux qui restent des heures dans leur atelier ? Comment a fait l'artiste pour créer une toile que je trouve si belle ? S'est-il exercé longtemps avant d'y arriver ? Combien de temps me faudra-t'il pour approcher ce niveau d'excellence vu mon peu d'entrain à l'exercice quotidien ?
Ces questions, je me les posais eu égard à la vision du travail que j'avais en entreprise : plus tu bosses, plus tu as de résultats et plus tu réussis, ce qui est une vision assez égocentrique des choses. Aujourd'hui, je ne me les pose plus. Ou du moins je n'attend plus de réponses. Ce cheminement m'a fait comprendre que c'est le sens de l'action et non la qualité du résultat qui apporte la joie. Pas celle qui fait rigoler à tue-tête, mais plutôt celle qui, telle un phare, illumine et attire. C'est ce que recherche l'artiste.
Le sens que j'évoque n'est pas cette abstraction grandiose et noble qui chapeaute l'ensemble d'une vie ou d'une œuvre. Il se rapproche du besoin ou de l'envie en répondant spontanément à la question : "pourquoi je fais ça maintenant" ? Si la réponse de l'artiste est spontanée et commence avec "parce que j'ai besoin/envie...", il ne travaille pas ; il avance, libre de questions existentielles, sur le chemin de la création.
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5 ans d'histoires !
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- Le 12/09/2016
- Dans Articles 2016

En septembre 2016, mon blog a 5 ans et presque 250 articles.
Après avoir quitté brutalement en 2010 une entreprise multinationale dans laquelle j’étais chef de projet, j’ai décidé, fin 2011, de poursuivre ma vie en tant qu’artiste-peintre. Je « n’y connaissais rien », selon une expression que j’entends souvent, mais j’ai choisi de changer radicalement de vie et d’activité professionnelle.
J’ai créé ce blog pour permettre à mes proches, parfois inquiets de ce virage vers un domaine nouveau pour moi, de suivre mon parcours et de partager avec moi les joies, les doutes, les difficultés et les découvertes auxquels ce choix de vie me conduisait.
Je me suis efforcé de faire des articles courts aux thèmes évocateurs et concrets pour qui a la curiosité de savoir ce qui se passe dans la tête d’un nouveau venu à l’Art et qui entre de plain-pied dans cet univers sur lequel les non-initiés se font des idées et parfois des fantasmes
En septembre 2011, j'avais en tête d'apprendre à dessiner et à peindre. Pendant 2 ans, j'ai pratiqué le dessin et la peinture en atelier pendant 15 à 25h par semaine. A force de travail et de réflexions, j'ai tenté des expériences qui m'ont amenées à réaliser ce que j'appelle des "gestes colorés". Cette transition a été essentielle en me faisant passer du figuratif à l'abstrait, de la copie/représentation à la création, du rythme d'un apprenti à celui d'un créateur.
Il y a 5 ans, je m'imaginais faire des copies de tableau de maîtres et des portraits à la demande. Si j'ai un peu d'expérience dans ces 2 domaines, ce n'est pas là que je trouve mon épanouissement qui passe aujourd’hui par la couleur et le geste spontané.
Fin août 2016, ce blog a reçu depuis sa création plus de 26.000 visiteurs dont 14.000 sur les 8 premiers mois de 2016. Il est devenu un lien avec des lecteurs dont la fidélité et les commentaires sont un encouragement à poursuivre.
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Like ou pas Like : quelle importance ?
- Par
- Le 04/09/2016
- Dans Articles 2016
Tamerai - Acrylique sur toile - 100x100 - 2016Qu'il soit présent sur Facebook, Linkedin, Artquid, Instagram, Twitter ou un blog, le jeune artiste qui publie un article ou poste une image espère une réaction sous la forme de commentaire, de "like", de pouce levé, de "coup de cœur", de partage ou de nouvel abonnement. Il fut un temps où j'attendais le commentaire comme un amoureux attendait autrefois fébrilement le facteur.
Après mes premières publications sur Artblog (plateforme aujourd'hui disparue), je me souviens de mes déceptions de ne voir aucune réaction à mes articles alors que d'autres multipliaient les likes et commentaires avec une simple photo de chatons. Et puis je me suis rendu compte que 95% des commentaires étaient davantage une manifestation d'affection ou d'appartenance à un groupe et ne servaient qu'à dire "je suis là !", quelque soit la nature ou le contenu de la publication. Si j'avais peu de commentaires, au moins ne se limitaient-ils pas à un seul mot (super, bravo, bisou...) et me faisaient-ils découvrir un regard sur mon article. J'ai compris que n'avoir aucun commentaire ou "j'aime" ne signifie pas que le travail n'est pas bon.
Aujourd'hui, je ne suis plus, comme au début, affecté par l'absence de réaction à mes publications. Bien sûr, un commentaire ou un like restent des boosters mais ils sont surtout des indicateurs de pertinence qui m'amènent à chercher ce qui a suscité ou non l'intérêt.
C'est aussi une question de maturité. L'Art, c'est la vie, celle qu'on vit tous les jours. Quand on est "petit", enfant ou élève, on a besoin d'encouragements, de soutien. C'est un élément important du développement et de l'apprentissage de la confiance. Au fil des années, celle-ci vient (ou pas), on donne un sens à sa vie (ou pas), on devient autonome (ou pas), on (ré)agit au lieu de rester passif... Chacun devient mature à son rythme. Certains le sont à 15 ans, d'autres à 70 ans ou jamais...
Je ressens la même chose avec l'Art. Bébé artiste a besoin d'être stimulé, encouragé ; l'artiste mature, lui, sait qui il est et le sens de son action. Puis, avec l'apprentissage et l'acceptation de la solitude, il n'a plus (en tous cas il a moins) besoin de "likes" et de commentaires pour avoir une preuve de son existence. Après avoir compris son rapport à lui-même, il peut davantage se consacrer au rapport à l'autre.
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L'industrie a tout piqué !
- Par
- Le 14/08/2016
- Dans Articles 2016
https://www.youtube.com/watch?v=-3mrwqeFGao
Un contact sur Facebook a partagé une vidéo de Bernard Stiegler, philisophe, sur le thème "A quoi sert l'Art ?". Ça tombe pile dans mes préoccupations et interrogations sur le sens de l'Art... et de ce que je fais, de ce que je suis en tant qu'artiste et à quoi je sers dans la société.
J'ai écouté avec concentration ces réflexions où chaque mot est pesé. C'est dense et ça balaye beaucoup de notions essentielles pour l'artiste et pour l'homme, être social et pensant.
Cette vidéo date de janvier 2003, quelques mois après le 21 avril 2002 et un premier tour des élections présidentielles qui a marqué les mémoires. 13 ans après, elle n'a rien perdu de son actualité et l'analyse que Bernard Stiegler donne sur le sens et la portée de l'Art apporte un éclairage utile sur la montée de la violence et des intégrisme.
Je retiens en particulier ce propos sur l'estime de soi : "si l'on est privé d'estime de soi et de constitution de l'ego, il ne reste que la folie"..."L'exploitation industrielle de l'esthétique, la privation des consommateurs du droit (du devoir) de définir ce qu'ils aiment, parce que l'industrie a tout piqué .../... conduit à la fabrication en série de criminels .../... parce qu'ils préfèrent mourir que vivre comme ça !".
Quel est votre avis sur ces propos ? Y souscrivez-vous ?
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(Res)Sentant de solitude
- Par
- Le 14/07/2016
- Dans Articles 2016
Onirik 1 - Acrylique sur carton toilé - 50x70 - 2016Mes lectures m'amènent régulièrement à des passages ou citations de Carl Gustav Jung (1875-1961), médecin psychiatre suisse et penseur influent.
J'y reviens périodiquement pour mettre des mots sur ce que je ressens comme, aujourd'hui, la solitude de l'artiste. Je me souviens avoir perçu sa présence un jour de juillet 2012, prenant conscience qu'elle ferait désormais partie de ma vie mais pas sous la forme que j'imaginais et sans que je puisse définir précisément mon ressenti.
J'ai retrouvé dans un passage d'un livre de Jung ("Ma vie"), ce que j'en perçois :
"...je sais et dois mentionner des choses que les autres, à ce qu'il semble, ne connaissent pas ou ne veulent pas connaître. La solitude ne naît point de ce que l'on n'est pas entouré d'êtres, mais bien plus de ce que l'on ne peut leur communiquer les choses qui vous paraissent importantes, ou de ce que l'on trouve valables des pensées qui semblent improbables aux autres. ...Quand un homme en sait plus long que les autres, il devient solitaire. Mais la solitude n'est pas nécessairement en opposition à la communauté, car nul ne ressent plus profondément la communauté que le solitaire ; et la communauté ne fleurit que là où chacun se rappelle sa nature et ne s'identifie pas aux autres."
Le jeune artiste cherche des repères et ne peut compter que sur lui-même pour les trouver. Ses rencontres, ses réflexions sur ce qu'il vit lui apportent des références qui l'amèneront, peut-être, à de nouveaux repères. De par sa fonction, l'artiste dispose d'une collection unique de repères qui le rend identifiable et différent.
Les occasions de partage sur ce type de sujets sont rares et c'est presque une délivrance - et toujours une joie profonde - que de pouvoir les évoquer lors d'une conversation en sentant que l'autre sait, exactement, par quoi et par où passe votre réflexion. Dans ces moments là, on peut livrer en toute confiance une confession intime à un inconnu qui est tout sauf un étranger.
Je trouve que cette solitude, indispensable au développement de l'artiste mais parfois un peu lourde à porter, ressemble à la compagne évoquée par Georges Moustaki dans "Ma solitude".


